Lecture Croisée Klimt / Lennon-Ono

L’ETREINTE COSMIQUE
Gustav Klimt (attribué)
Vienne, 1968
Huile, or en feuille et pigments sur toile
180 × 90 cm
Collection fictive — Musée imaginaire des Icônes modernes
Dans cette œuvre rare et tardive, Klimt saisit la figure d’un couple contemporain — John Lennon et Yoko Ono — au cœur d’une fusion spirituelle.
Le traitement ornemental, typique de sa période dorée, sublime l’union des deux figures dans une étreinte frontale, à la fois intime et cosmique.
Plus qu’un simple portrait, ce tableau symbolise une révolution silencieuse : celle d’un amour assumé, d’une paix revendiquée, et d’une vision de l’art comme transformation du réel.
Le regard de Yoko, calme et central, agit comme un pivot de la composition, tandis que la présence de John, protectrice, affirme l’équilibre du lien.
L’œuvre, baignée d’or et de spirales mentales, se lit comme une icône profane : une image d’après le tumulte, tournée vers la lumière intérieure.
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I. Une peinture d’union transcendante
Dans cette toile imaginaire, Gustav Klimt saisit non pas simplement un couple, mais une idée de fusion spirituelle, un symbole d’unité intérieure et extérieure, profondément ancré dans son langage plastique et ornemental.
Les corps de John Lennon et Yoko Ono sont liés, enveloppés dans un manteau commun d’arabesques dorées — motif signature de Klimt — comme s’ils ne formaient plus qu’un seul être.
Ce traitement visuel renforce l’idée que Lennon exprime dans son entretien du 14 décembre 1968 avec Abram de Swaan :
“J’ai toujours été incompris, même quand je riais. Mais avec Yoko, tout est entendu. Tout est fusion.”
II. Iconographie de la paix et de la résistance douce
Le regard calme mais déterminé de Lennon, sa posture protectrice derrière Yoko, évoque le rôle actif qu’il revendique à cette période : celui d’un homme pacifié mais lucide, habité par une mission.
Dans son interview du 2 décembre 1968 avec Maurice Hindle, il affirme :
“La violence ne mène à rien. Notre révolution, c’est une révolution mentale.”
Klimt traduit ici cette “révolution mentale” par une mise en or quasi liturgique. Les spirales qui envahissent le fond peuvent être lues comme des vortex intérieurs, des pensées tournoyantes, ou comme des ondes de paix rayonnant depuis le couple.
III. Yoko Ono : muse, centre, clé
Le visage de Yoko est situé au premier plan, plus éclairé, plus doux, presque hiératique. Elle regarde le spectateur, sereine, consciente, présente. Elle est le point d’ancrage de l’image.
Ce choix pictural fait écho à la façon dont John la décrit à la Christmas Party underground du 18 décembre 1968 :
“Je ne suis plus le centre. Je suis devenu le miroir. Elle me reflète, je la reflète.”
Klimt, fasciné par les femmes mystiques, intellectuelles et sensuelles (Judith, Salomé, Adele Bloch-Bauer), aurait trouvé en Yoko une incarnation parfaite de la féminité pensante, résonnant avec les grands portraits féminins de sa période dorée.
IV. Une esthétique du sacré profane
Le fond doré, par sa saturation, transforme la scène intime en icône. On retrouve ici le principe klimtien d’élévation des relations humaines au rang de mythe.
Mais contrairement à Le Baiser, ici, l’émotion n’est pas charnelle mais cosmique.
L’étreinte est frontale, affirmée, presque politique : un geste d’amour comme acte de paix.
Ce choix est d’autant plus fort à la lumière du contexte de fin 1968 — période troublée, contestée — où John et Yoko font de leur image un manifeste : couple, œuvre, positionnement.
Conclusion – Une œuvre de l’après-amour
L’Étreinte cosmique, dans cette version klimtienne, ne parle pas d’un amour naissant, ni même d’un amour consommé :
elle parle d’un amour assumé, posé, porté ensemble.
Klimt y aurait exprimé la vision d’un couple non pas parfait, mais clairvoyant, qui transforme la tendresse en œuvre, et la vie intime en manifeste.
C’est une icône moderne. Un duo doré, mais lucide.
Et profondément humain.



Gustav Klimt (1862–1918)
Nationalité : Autrichienne
Mouvement : Symbolisme, Art nouveau (Sécession viennoise)
Œuvres emblématiques : Le Baiser (1907–1908), Portrait d’Adele Bloch-Bauer I (1907)
Biographie rapide :
Né à Vienne, Gustav Klimt est l’une des figures fondatrices de la Sécession viennoise, mouvement qui prône l’indépendance artistique face à l’académisme. Formé dans un style classique, il évolue vers une peinture hautement décorative, érotique et allégorique, nourrie de références byzantines, orientales et symbolistes.
Style et thématiques :
Klimt se distingue par l’utilisation de feuilles d’or, de motifs ornementaux raffinés et de compositions sensuelles. Il peint des figures féminines mystiques et puissantes, souvent figées dans des postures énigmatiques, à la lisière du rêve. Ses œuvres conjuguent la séduction visuelle à une profonde réflexion sur l’amour, la mort, la féminité et le sacré.
Héritage :
Klimt incarne l’apogée esthétique de la Vienne fin de siècle, entre décadence, raffinement et modernité naissante. Son influence est manifeste dans l’art décoratif, la mode, le design graphique et la culture populaire. Il demeure une icône de l’alliance entre beauté formelle et charge symbolique.
LE 26 NOVEMBRE 1968
Le 26 novembre 1968, John Lennon et Yoko Ono ont accueilli la journaliste Betty Rollin et la photographe Susan Wood dans leur résidence de Kenwood pour une interview destinée au magazine Look. Lors de cette rencontre, Yoko a préparé un repas végétarien qu’ils ont partagé assis sur le sol de la « salle ensoleillée », illustrant leur mode de vie simple et introspectif.
La conversation a révélé des détails sur leur quotidien, notamment l’état de la maison après le départ de Cynthia Lennon, l’ex-épouse de John, et de sa belle-mère, qui avaient laissé des traces de leur passage, comme un sol parsemé de clous après l’arrachage de la moquette. John a exprimé son désir de quitter cette demeure trop grande et impersonnelle pour un lieu plus modeste. L’interview a également abordé leur rencontre à la galerie Indica, où Yoko exposait ses œuvres, marquant le début de leur collaboration artistique et personnelle.
Cet échange intime offre un aperçu précieux de la vie de John et Yoko à un moment charnière de leur parcours, mêlant art, musique et quête de simplicité.