Tarsila do Amaral peint un Ringo solaire, armé d’ironie douce.

O ATIRADOR INOCENTE (Le Tireur Inoffensif)
Artiste : Tarsila do Amaral (attribué)
Date : 1965
Technique : Huile sur toile
Dimensions : 92 × 138 cm
Collection : Museu Imaginário do Pop Internacional, São Paulo
Description :
Dans cette œuvre singulière, Ringo Starr apparaît pieds nus, le regard serein, tendant une arme vers le spectateur. Transposé dans l’univers de Tarsila, ce geste devient rituel autant que jeu : la menace se mue en sourire. La palette chaude, la frontalité hiératique et les formes douces inscrivent la figure dans une mythologie tropicale où l’innocence côtoie la caricature.
Le revolver, symbole vide, n’est plus qu’un accessoire de théâtre. L’artiste semble réconcilier modernité pop et primitivisme poétique : Ringo n’est ni rockeur ni acteur — il est un totem joyeux de l’Anthropophagie culturelle, absorbant Hollywood, l’enfance et la subversion dans une seule figure énigmatique.
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La figure de Ringo Starr se dresse frontalement, bras tendu vers le spectateur, un pistolet à la main. Il est pieds nus, ceint d’une serviette rouge nouée sur le côté, vêtu d’une chemise bleu nuit boutonnée jusqu’au col. L’arrière-plan, une architecture épurée aux tons pastel, enferme la scène dans une ambiance douce et onirique. Le sol ocre est ponctué de formes ovales, quasi flottantes, comme des empreintes sans pesanteur.
Cette frontalité, cette simplicité formelle, ces volumes pleins aux contours arrondis, sont typiques du vocabulaire pictural de Tarsila do Amaral. Le traitement sculptural du corps, les couleurs pures, l’absence de profondeur atmosphérique évoquent ses grandes œuvres comme Abaporu ou A Negra.
Résonances avec le style de Tarsila do Amaral
L’œuvre adopte le langage plastique de Tarsila :
- Couleurs pleines, symboliques, tropicales, qui dégagent une lumière intérieure ;
- Corps stylisé, charnel et monumental, tout en restant naïf et archétypal ;
- Planéité assumée, sans perspective réaliste, mais avec une charge émotionnelle douce et étrange ;
- Tension entre l’enfance et l’inquiétude, thème récurrent chez Tarsila, ici actualisé par l’ambiguïté du geste.
On retrouve aussi l’héritage du « pau-brasil », ce manifeste moderniste de 1924 que Tarsila a illustré plastiquement : un art “brésilien de souche”, à la fois primitiviste, coloré et critique.
Contexte historique réel (25 août 1964)
Le tableau renvoie à une séance photo réelle organisée à Los Angeles le 25 août 1964. Ce jour-là, les Beatles participent à une mise en scène extravagante avec l’actrice Jayne Mansfield dans sa villa hollywoodienne. Le photographe Larry Sharkey immortalise Ringo Starr avec un revolver à la main, dans une pose volontairement absurde et burlesque, typique de l’humour surréaliste du groupe.
Ce contexte précis, à la croisée du glamour, de la parodie et de la célébrité, entre en résonance avec les jeux de Tarsila sur l’identité, le travestissement symbolique et les figures de la modernité.
Lecture symbolique
Ici, Ringo Starr est à la fois enfant joueur et figure totémique. Le pistolet, instrument de pouvoir ou de violence, est vidé de son poids dramatique pour devenir accessoire théâtral, presque rituel. La nudité des pieds accentue cette ambivalence : entre l’innocence et le danger, le sacré et le jeu.
L’arme tendue vers le spectateur rompt la barrière illusionniste : nous sommes visés par le regard de celui qui ne tue pas, mais qui joue à être vu. Ringo devient une icône moderne du carnaval postmoderne. Le regard doux et confiant renverse toute menace — le pistolet devient un miroir.
Conclusion
Dans O Atirador Inocente, Tarsila do Amaral (ou son double imaginaire) nous offre une relecture tropicaliste de la Beatlemania. Ringo Starr n’est ni fétichisé ni caricaturé : il est humanisé, dans toute sa poésie dissonante. L’œuvre fusionne les esthétiques du Nouveau Monde et les mythes culturels de la modernité pop. Elle affirme : le futur est fait de masques, de formes simples, et d’armes inoffensives.


Tarsila do Amaral (1886–1973)
Nationalité : Brésilienne
Mouvement : Modernisme brésilien, Anthropophagie
Œuvres emblématiques : Abaporu (1928), A Negra (1923), Antropofagia (1929)
Biographie rapide :
Figure centrale du modernisme latino-américain, Tarsila do Amaral conjugue les avant-gardes européennes à une esthétique brésilienne ancrée dans le sol et les mythes populaires. Formée à Paris auprès de Fernand Léger, elle participe au Manifeste anthropophage et crée un art vibrant, coloré, nourri de métissage culturel. Son style devient l’icône d’un Brésil moderne, entre mémoire coloniale et utopie tropicale.
Style :
Tarsila privilégie les volumes pleins, les figures stylisées, les couleurs vives et pures. Elle développe une iconographie à la fois naïve et symbolique, mêlant figures humaines, végétation exubérante et éléments métaphysiques. Son art incarne un modernisme affranchi, profondément poétique, critique et enraciné.
Héritage :
Première femme à faire entrer l’esthétique brésilienne dans l’histoire de l’art moderne mondial, Tarsila do Amaral est aujourd’hui célébrée pour son rôle pionnier. Son influence traverse la peinture, la littérature et les mouvements postcoloniaux. Elle a ouvert une voie singulière vers un art populaire, puissant et savant.
LE 25 AOUT 1964
Le 25 août 1964, les Beatles sont invités à la maison de l’actrice américaine Jayne Mansfield à Beverly Hills, après leur concert au Hollywood Bowl. Accompagnés par des journalistes et photographes, ils participent à une séance photo décalée dans une ambiance glamour, humoristique et légèrement provocante. L’un des clichés les plus notoires montre Ringo Starr jouant avec un revolver, dans une posture ludique. L’événement symbolise la fusion de la Beatlemania et du star system hollywoodien, où l’image devient mise en scène permanente. Cette rencontre incarne aussi l’ironie et le détachement avec lesquels les Beatles abordaient leur propre célébrité.